« Quand on pense qu’il suffirait que les gens ne l’achètent pas pour que ça ne se vende plus ! » disait Coluche. Et il avait bien raison. Tout ne serait-il pas la faute au public qui encourage la propagation de l’IA ? Le niveau d’exigence du public aurait-il chuté au point de ne plus se soucier de l’authenticité humaine d’une œuvre ? Devenons-nous de purs consommateurs ?
Depuis des siècle que le public regarde le David de Michel-Ange, il est émerveillé par le résultat final. Quand on pense que c’est un homme seul qui a créé cette sculpture de ses propres mains, et dans un seul bloc de marbre ! Il en a fallu de la patience, de la maîtrise, de la vision. Quel chef-d’œuvre ! Et Michel-Ange… quel génie !
Quand le public lit Les Misérables de Victor Hugo, il est à la fois admiratif de l’histoire mais, consciemment ou inconsciemment, également du fait que ce chef-d’œuvre de la littérature soit sorti de l’esprit d’un seul homme, et qu’il ait écrit son roman seul, à la main, avec un plume et de l’encre sur des feuilles en papier, en exil de Jersey, dans les conditions de vie qui étaient les siennes à ce moment de son existence.
En somme, la création artistique possède ceci de magique en elle qu’elle émane d’une personnalité qui, à un moment donné et dans un contexte particulier, est en capable de réaliser une œuvre. La dimension humaine n’est pas un simple facteur, elle en est sa condition sine qua non. Ce que nous admirons tous, c’est à la fois l’œuvre qui nous dépasse et sa source humaine. Il n’y a pas œuvre d’art sans ces deux conditions.
Aussi, personne n’est en soi forcé de faire publier un livre ou de sculpter un modèle. Si, comme nombres de gens, on n’est pas fait pour cela, on peut bien faire autre chose. Pourtant, un paradoxe apparaît en dehors de tout bon sens.
En premier lieu, il y a ces personnalités qui insistent à forcer un destin dans lequel elles n’ont pas de talent particulier. Ainsi,
« l’auteur » québécois Thélyson Orélien, qui se voyait déjà obtenir le prix Goncourt en France par le seul fait qu’il abordait le sujet migratoire du point de vue d’un migrant. Or, voilà, le roman a été écrit par l’intelligence artificielle plutôt que celle, naturelle, de son auteur. Dans un post datant du 25 septembre 2026 sur la plateforme X, Eric Naulleau
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nous apprend que Thélyson Orélien avait déjà plagié l’auteur Dulce Maria Loynaz en 2015, et dans un post du 29 septembre
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2026, il nous montre que le même auteur a plagié un texte original de Jacques Poulin. Le vice-président du journal québécois La Presse, François Cardinal, affirme avoir passé au crible toutes les collaborations écrites de Thélyson Orélien dans son journal, et constate que pour chacune d’entre elles le recours potentiel à l’intelligence artificielle était très prononcé. Quant à savoir les motivations qui pousse Orélien à vouloir à tout prix devenir un écrivain, on peut supputer le besoin de reconnaissance, la gloriole, bref, des motivations humaines, trop humaines.
A la surprise générale, l’IA n’est pas seulement employée en littérature, mais aussi de manière exponentielle dans les arts graphiques. Même la peinture est impactée. Ainsi, des artistes comme le peintre américain David Salle ou le turco-
américain Refik Anadol reconnaissent publiquement l’implication de l’IA artificielle dans leur processus de création. Bien entendu, les articles spécialisés parleront d’eux comme des « pionniers de l’esthétique » sans faire remarquer la baisse du niveau de créativité des artistes. Qu’est-ce qu’un artiste sinon quelqu’un qui jouit de résoudre des problèmes esthétiques ? Il n’y aurait aucun intérêt à créer si l’on retirait à l’Homme ce plaisir. Il faut croire que ceux qui cherchent à les éviter ont peut-être la « carte » d’artiste mais n’en ont pas l’âme.
C’est la raison qui a poussé le peintre français
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Hugues Folloppe à utiliser le logo « Fabrication humaine » sur ses réseaux sociaux et sa page de présentation. Il explique vouloir montrer qu’à aucun moment du processus de création de ses œuvres l’intelligence artificielle n'a été employée. Il termine même en écrivant : « 100% humain, sinon où serait le plaisir ? » Car oui, en effet, si l’on enlève aux êtres humains la créativité, le plaisir de prendre le temps d’achever une œuvre, alors à quoi bon vivre ?
Comme l’écrivait le grand historien d’art Elie Faure : « Non seulement l’art est utile, mais il est, sans doute aucun, la seule chose qui soit réellement utile à nous tous, après le pain. »